Le Roundup autorisé sur une évaluation tronquée ?

Une nouvelle étude montre que le glyphosate, l’ingrédient principale du Roundup, a été autorisé sur des « bases scientifiques douteuses minimisant les données sur les risques de malformations congénitales » indique Claire Robinson, co-auteur de l’étude. Elle ajoute dans la tribune suivante que les études de Monsanto, gardées secrètes au nom du secret industriel, pourrait contenir les preuves du potentiel cancérigène de l’herbicide, ce qui soutiendrait les résultats récents de l’étude du Pr. Séralini.

Tribune de Claire Robinson, journaliste scientifique anglaise, auteur du livre GMO MYTHS AND TRUTHS (téléchargement gratuit) et éditrice pour GMWatch.org

Suite à la publication de l’étude du Professeur Séralini révélant des effets toxiques du maïs NK603 et/ou de l’herbicide Roundup, cinq anciens ministres de l’environnement viennent de lancer un appel à la révision des processus d’évaluation relatifs à la sécurité alimentaire des pesticides et des OGM. Séralini lui-même demandait cette remise à plat des protocoles d’évaluation depuis des années.

En temps que co-auteur d’une nouvelle étude [1] remettant en cause la validité de l’homologation en Europe du glyphosate, l’ingrédient principal du Roundup, je soutiens ces ministres et Séralini dans leur appel. Cette nouvelle étude publiée dans une revue internationale à comité de lecture est la première étude à examiner dans le détail la façon dont le gouvernement allemand et les autorités européennes ont évalué les études portant sur le glyphosate réalisées par les industriels.

"Nos résultats se révèlent inquiétants"

Nous mettons en lumière que les propres études des industriels datant des années 1980 et 1990, incluant celles de Monsanto, montraient déjà à l’époque que le glyphosate provoquait des malformations congénitales chez les animaux de laboratoire. Le signal d’alerte était déjà émis, pour ceux qui voulaient bien l’entendre.

La tâche d’analyser les études des industriels a été attribuée à l’Allemagne car elle était désignée comme membre rapporteur dans l’évaluation du glyphosate, donc responsable de la liaison entre les industries, les autorités européennes, et les états membres durant le processus d’homologation.

Cependant, les autorités Allemandes ont minimisé les résultats relatifs aux malformations congénitales dans leur rapport aux autorités européennes et aux états membres. À cet égard, ils utilisèrent des concepts non scientifiques tels que l’utilisation non pertinente des « normes historiques des animaux témoins » pour faire disparaitre les résultats de malformations congénitales dans le « bruit de fond ». Ils ont même été jusqu’à considérer les malformations congénitales comme des « variations du développement ».

En conséquence, les autorités Allemandes ont établi un niveau de sécurité pour l’exposition au glyphosate qui n’est pas sûr du tout.

L’étude de Séralini montre que des niveaux des milliers de fois plus faibles que ceux considérés comme sûrs par l’UE sont en fait hautement toxiques, provoquant une mort prématurée, une augmentation des tumeurs, et des lésions organiques chez les rats.

L’Allemagne reste le membre rapporteur pour le glyphosate et est en ce moment même en train de le réévaluer pour l’Union Européenne en vue du renouvellement de son homologation prévu en 2015. En octobre, le bureau allemand pour l’évaluation des risques, le BfR, publiait un avis rejetant l’étude de Séralini, s’appuyant sur les études à long terme ne montrant semble-t-il pas de potentiel cancérigène sur des rats et des souris. [2]

Le glyphosate testé seul

Il y a cependant un problème avec ces tests, et le BfR le sait. Ces tests, réalisés par les industriels eux-mêmes et soumis pour le processus d’homologation du glyphosate, sont réalisés avec le glyphosate seul. Or les préparations d’herbicides telles qu’elles sont commercialisées contiennent des ingrédients supplémentaires dont le BfR admet « qu’ils affectent la toxicité ». Les études de l’équipe Séralini et d’autres scientifiques confirment que ces préparations d’herbicides sont beaucoup plus toxiques que le glyphosate seul. [3] [4] [5] [6] Le BfR note « avec intérêt » que l’étude de Séralini est la première étude de toxicologie à long terme portant sur un herbicide dans sa formulation complète.

C’est absurde de la part du BfR d’accepter des études des industriels portant sur le glyphosate seul comme une preuve de sécurité quand en même temps ils se montrent préoccupés par la toxicité des autres ingrédients dans les préparations commerciales.

Toutefois, le BfR remarque des “insuffisances » dans le design de l’étude de Séralini qui les amènent à considérer l’étude comme bonne à jeter à la poubelle.

La réaction du BfR ne me surprend pas. L’Allemagne a défendu la sécurité du glyphosate contre un nombre croissant d’études scientifiques indépendantes, incluant celles de Séralini, qui montrent que les herbicides à base de glyphosate provoquent la mort cellulaire, des problèmes neurologiques, des malformations congénitales, des fausses couches, des perturbations hormonales, et certains types de cancers. Certains de ces effets sont mesurés à des doses faibles et réalistes.

L’Allemagne dit aujourd’hui que les tests des industriels sur le glyphosate montrent qu’il ne provoque pas de cancer. Le problème est qu’ils ne montrent pas ça du tout.

Des études protégées par le "secret commercial"

Nous ne pouvons pas contrôler les études des industriels nous-mêmes, car elles sont gardées secrètes sous couvert d’une « confidentialité commerciale » entre les industriels et les autorités. Des tentatives par le Pesticide Action Network Europe pour les forcer à publier leurs données brutes à travers les gouvernements Néerlandais et Allemands et la Commission Européenne se sont heurtées à un « non ».

Tout ce qui est dans le domaine public est le rapport des autorités Allemandes sur les études des industriels, que nous avons analysés dans notre étude portant sur les malformations congénitales. [7]

En fait, les études résumées dans le rapport Allemand montrent que le traitement par le glyphosate, incluant les plus faibles doses testées, augmente l’incidence des tumeurs. Pourtant, l’Allemagne a rejeté ces résultats du fait que les tumeurs n’augmentaient pas en ligne droite, de façon proportionnelle à la dose (réponse linéaire à la dose)

Ce raisonnement est incorrect, basé sur des concepts scientifiques dépassés. Des scientifiques ont publié des articles dès les années 1990 montrant que pour certains composés, l’effet toxique ne peut pas être considéré comme une ligne droite qui s’allonge au fur et à mesure que la dose augmente (du style « pente de ski »). Au lieu de cela, certains composés ont un effet important à des faibles doses et un effet moindre à des doses élevées. D’autres étranges et étonnantes courbes « dose réponse » peuvent prendre la forme d’un « U » ou même d’une chaine de montagne. Ces courbes de réponses non linéaires à la dose sont retrouvées avec des substances qui perturbent le système hormonal. [8] [9]

Pas de relation dose/effet

L’étude de Séralini confirme que les effets toxiques du Roundup ne sont pas linéaires à la dose. Robin Mesnage, un des co-auteurs de l’étude de Séralini, a commenté l’interprétation par l’Allemagne des études des industriels « Je suis très préoccupé par les données de ces tests sur la cancérogenèse du glyphosate. De nombreuses études rapportent une augmentation de l’incidence des tumeurs et l’Allemagne les rejettent car l’effet n’est pas linéaire à la dose. »

« Les hormones ont des effets qui sont par nature non-linéaires à la dose. C’est le cas pour les tumeurs mammaires observés avec le Roundup. Les agences évaluant les pesticides continuent de considérer à tort que tous les effets toxiques doivent répondre à l’hypothèse de linéarité à la dose. »

La question des effets cancérigènes causés par le Roundup reste ouverte. Ce qui est maintenant clair c’est que les tests à long terme doivent être menés pour tous les pesticides tels qu’ils sont commercialisés et utilisés, ainsi que pour les OGM. En attendant, les données brutes des tests réalisés par les industriels sur lesquels sont basés les autorisations des OGM et des pesticides doivent être rendus publics sur internet.

Par Claire Robinson, Earth Open Source, le 22 novembre 2012





[1] Antoniou M, Habib MEM, Howard CV, Jennings RC, Leifert C, Nodari RO, Robinson CJ, Fagan J (2012) Teratogenic Effects of Glyphosate-Based Herbicides : Divergence of Regulatory Decisions from Scientific Evidence. J Environ Anal Toxicol S4:006. doi:10.4172/2161-0525.S4-006 http://www.omicsonline.org/ArchiveJEAT/SpecialissueJEAT-S4.php Note : This study, published online on 7 November 2012, includes material previously published as : Antoniou, M., M. Habib, et al. (2011). Roundup and birth defects : Is the public being kept in the dark ?, Earth Open Source. http://bit.ly/IP2FWH The new study has been updated with new research. This includes a re-evaluation of findings by Rull et al (2004, 2006) that found a modest association between exposure to Roundup and neural tube defects, a type of birth defect ; and Argentine research showing an association between birth defects and pesticide exposure in an area of intensive cultivation of GM soy, confirming long-standing reports by residents and doctors.

[2] BfR (Germany) (2012) A study of the University of Caen neither constitutes a reason for a re-evaluation of genetically modified NK603 maize nor does it affect the renewal of the glyphosate approval. 1 October. http://bit.ly/Sz6lRI

[3] Dallegrave, E., F. D. G. Mantese, et al. (2002). Acute oral toxicity of glyphosate in Wistar rats.Online J VetRes1 : 29–36.

[4] Richard, S., S. Moslemi, et al. (2005). Differential effects of glyphosate and roundup on human placental cells and aromatase. Environ Health Perspect113(6) : 716-720.

[5] Mesnage, R., B. Bernay, et al. (2012). Ethoxylated adjuvants of glyphosate-based herbicides are active principles of human cell toxicity.Toxicology.

[6] Koller, V. J., M. Furhacker, et al. (2012).Cytotoxic and DNA-damaging properties of glyphosate and Roundup in human-derived buccal epithelial cells. Arch Toxicol86 : 805–813.

[7] Rapporteur member state Germany (1998). Monograph on glyphosate, German Federal Agency for Consumer Protection and Food Safety (BVL). Vol 3-1 Glyphosat . http://earthopensource.org/files/pdfs/Roundup-and-birth-defects/VOLUME3-1_GLYPHOSAT_04.PDF

[8] Vandenberg, L. N., T. Colborn, et al. (2012). Hormones and endocrine-disrupting chemicals : Low-dose effects and nonmonotonic dose responses.Endocr Rev.

[9] Fagin, D. (2012). Toxicology : The learning curve. NATURE 490 : 462-465.