Rapport – Comment les multinationales de l’agroalimentaire et de l’agrochimie continuent d’infiltrer l’EFSA

Un rapport de Earth Open Source met à jour une série de graves conflits d’intérêts au sein de l’European Food Safety Agency concernant l’évaluation des pesticides ou la sécurité alimentaire. L’agence européenne serait infiltrée par l’International Science Life Institute, une organisation fondée par les industriels du secteur. Un scandale qui n’a que trop duré...

Une fois encore l’indépendance des experts de l’organisme d’évaluation des aliments est remise en cause. Selon un nouveau rapport de Earth Open Source [1] , paru le 8 avril 2011, plusieurs membres de l’European Food Safety Agency (EFSA) auraient des liens professionnels directs, relevant du conflit d’intérêts non déclaré, avec des compagnies de l’agro-industrie, des semenciers et des producteurs de pesticides. D’après le Rapport, l’International Life Science Institute (ILSI), une organisation fondée par les multinationales de l’agroalimentaire, serait devenu l’un des principaux fournisseurs d’experts de l’EFSA.

L’ILSI, le cheval de Troie de l’industrie

Le nouveau rapport, Les experts en charge de la sécurité des aliments et des pesticides en Europe – qui travail pour qui ? (CEO Avril 2011), révèle que de nombreux régulateurs européens ont des liens étroits avec l’International Life Science Institute (ILSI) . L’ILSI est une organisation américaine fondée par les multinationales de l’agroalimentaire et l’agrochimie. Monsanto, mais aussi ADM, BASF, Cargill, DuPont, Kraft, Mars, Syngenta ou Unilever font partie des membres et des donateurs de l’ILSI [2].

L’auteure du rapport, Claire Robinson, affirme que « l’ILSI est très active dans la redéfinition des processus d’évaluation des risques des OGM et des pesticides aux Etats-Unis et en Europe. Elle est, en façade, une institution promouvant la science de façon neutre, mais ses recommandations sont toutes pour une diminution de la rigueur des critères d’évaluation de sécurité des aliments. Ce qui va dans le sens des intérêts de l’industrie mais contre la protection de la santé publique et de l’environnement. »

« Aux Etats-Unis, l’ILSI est très critiqué par les associations écologistes comme le Conseil National de Défense des Ressources (http://www.nrdc.org/) ou les syndicats comme l’Union Américaine des Travailleurs (http://www.usw.org/) pour avoir aider à l’affaiblissement des normes d’évaluation des risques sanitaires aux Etats-Unis. L’ILSI travaille dur dans les couloirs de Bruxelles pour faire la même chose en Europe. »

Des conflits d’intérêts a répétition

En mars 2011, Angelo Moretto démissionnait du panel PPR [3] de l’EFSA sur l’évaluation des pesticides dans le cadre de la procédure REACH, après des accusations de conflits d’intérêts lancées par plusieurs ONG. Moretto avait omis de déclarer ses liens avec la compagnie de consulting Melete, dont il est actionnaire a 17%, et dont l’activité commerciale est de conseiller les fabricants de pesticides dans le processus d’évaluation et d’autorisation de mise sur le marché de leurs produits en Europe [4] .

Alan Boobis, Milan Kovac [5] et Theodorus Bock sont aussi cités en exemple dans le rapport. Ces trois personnes font partie du comité de direction et du panel d’experts de l’EFSA. Tout comme leur collègue A Moretto, il a été démontré qu’ils avaient également des liens forts avec l’ILSI.

En 2010, c’était l’affaire Diana Bánáti qui avait scandalisée les associations et les citoyens vigilants. Présidente du Conseil d’Administration de l’EFSA, il a été prouvé par l’équipe du député européen José Bové que Mme Banati était également membre du Conseil des Directeurs de l’ILSI, démontrant le haut degré d’infiltration de l’industrie dans cet organe européen. Malgré de très nombreuses contestations, Mme Banati a simplement démissionné de ses fonctions à l’ILSI pour conserver son poste à l’EFSA.

Renouveler l’EFSA

Earth Open Source, comme de nombreuses associations travaillant pour de meilleurs garanties sur la sécurité sanitaire, demandent que l’EFSA fasse le ménage parmi ses « experts indépendants ». Claire Robinson enfonce le clou : « l’EFSA est entrain de chercher de nouveaux conseillers scientifiques et des experts pour son panel [6] . Nous réclamons à l’EFSA qu’elle se débarrasse des experts et scientifiques ayant des liens avec l’ILSI et les remplace par des experts qui reconnaissent leurs devoirs de protection de la santé publique et de l’environnement, et non des intérêts de l’industrie. »

Sous couvert d’une organisation se réclamant de la société civile (ILSI), Monsanto et les industries de l’agroalimentaire poursuivent leur infiltration des administrations afin de manipuler et d’amoindrir les règlementations de sécurité sanitaire. Malheureusement, malgré de nombreuses révélations de conflits d’intérêts, l’Union Européenne ne semble pas vouloir bouger. C’est aujourd’hui aux associations et aux citoyens de faire pression sur les dirigeants pour éradiquer les conflits d’intérêts et la collusion au sein des organes supposés défendre et protéger la population contre les risques industriels et sanitaires.

Combat Monsanto, le 14 avril 2011

PDF - 190.4 ko




[1Earth Open Source. 2011. Europe’s pesticide and food safety regulators – Who do they work for ? April. Download from : http://www.powerbase.info/index.php/File:Eu_pesticidefoodsafety.pdf

[2Liste complète des membre de l’ILSI http://www.ilsi.org/Features/ILSI_AR_2010_Web.pdf

[3Panel Plant Protection Products and their résidues http://www.efsa.europa.eu/en/panels/ppr.htm

[4Moretto fait aussi partie d’un groupe de travail de l’ILSI sur les procédures d’évaluation des risques sanitaires http://www.hesiglobal.org/i4a/pages/index.cfm?pageid=3492

[5Voir aussi Le conseil d’administration de l’AESA accusé de conflit d’intérêt http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article836&var_recherche=Kovac

[6EFSA. 2011. Call for new Scientific Committee and Panel members 2011 . http://www.efsa.europa.eu/en/scpanels/memberscall2011.htm