Wikileaks : les OGM au menu des diplomates américains en Europe

Il fallait s’y attendre, la fuite des quelques 250 000 documents diplomatiques sur le site Wikileaks révèle certains aspects de la politique environnementale américaine … et européenne !

La France, une épine dans le pied des pays pro-OGM Le télégramme 07PARIS4723 date du 14 décembre 2007, mais il n’a rien perdu de sa fraîcheur et de son intérêt. Dans cet opus, Craig Stapleton, ambassadeur américain à Paris, aborde le savoureux sujet de la France, de l’OMC et des « biotech », déplorant de voir l’Europe « reculer » sur le dossier des OGM et la France jouer un rôle majeur dans ce mouvement…

Des agriculteurs français prêts à jouer contre leur camp pour ouvrir la porte aux OGM ?

L’ambassadeur américain à Paris conclut ainsi le résumé de ce télégramme : selon les « pro-biotechs » français, et notamment dans le syndicat agricole, des mesures de « rétorsion » envers la France seraient le seul moyen de faire bouger le pays.

Un syndicat agricole français conseillant aux États-Unis de prendre des sanctions à l’égard de la France pour l’obliger à accepter les OGM ? Un comble ! Voilà qui reviendrait à jouer contre son camp, alors que certains produits français sont régulièrement la cible de boycotts aux États-Unis. Par exemple, début 2009, le Roquefort, quasi emblème national, a vu ses droits de douane tripler en réponse à l’interdiction du bœuf américain aux hormones sur le marché européen. Autre coup dur encaissé par des producteurs français : dès 2003, suite à la position française contre la guerre en Irak, ce sont les vins qui ont été victimes d’une intense campagne médiatique anti-française…

Qui pourrait ainsi suggérer aux États-Unis de ressortir l’arme du boycott pour forcer l’UE et la France à accepter les OGM ? Quel syndicat agricole français serait assez pro-OGM pour aller jusque-là ? La question est à poser à Xavier Beulin, fraîchement élu président de la FNSEA et qui ne fait pas mystère de ses positions extrêmement favorables aux cultures transgéniques. Il le clamait déjà en 2007, année d’écriture du télégramme mis en ligne par Wikileaks, « la FNSEA a une position d’ouverture sur la question des OGM. (…) S’il y avait des risques avérés, l’État aurait déjà pris certaines mesures. »

L’industrie pro-OGM verse dans la paranoïa

Dans un autre télégramme 09MADRID482 , envoyé depuis l’ambassade américaine de Madrid, datant de mai 2009 cette fois, on apprend que les représentants de Monsanto sont persuadés que l’adoption par la France d’une clause de sauvegarde interdisant dans l’Hexagone la culture du maïs MON 810, est le fruit d’un marchandage entre écologistes et Nicolas Sarkozy, sur le thème : « je vous donne gain de cause sur les OGM et vous fermez les yeux sur ma politique nucléaire ». Hilarant d’imaginer un tel deal ! Les pro-OGM, aveuglés par leur idéologie et paranoïaques, sont apparemment incapables de croire que les dirigeants d’un pays comme la France, dont l’opinion publique est opposée aux OGM de façon durable et massive, n’agissent pas en fonction des graves incertitudes des scientifiques sur les impacts des OGM et de la volonté des citoyens, mais pactisent avec quelques écolos…

Et comment imaginer que Greenpeace puisse consentir à un tel marché ! Pour mémoire, à la veille du Grenelle de l‘environnement, des militants Greenpeace pénétraient sur la centrale nucléaire de Dampierre pour réclamer l’arrêt du programme EPR et dénoncer le nucléaire comme une option dangereuse, inutile et beaucoup trop onéreuse.

Depuis, la campagne anti-nucléaire de Greenpeace n’a pas faibli, au contraire. Rien que cette année, Greenpeace a contraint Areva, le géant français du nucléaire, à interrompre ses scandaleuses exportations de déchets nucléaires français en Russie et dénoncé les financements radioactifs de la BNP au Brésil et en Inde.

L’Espagne appelle les États-Unis à la rescousse

Retour aux OGM… La stratégie conjointe pro OGM des gouvernements espagnol et américain a été mise à jour dimanche 19 décembre par le quotidien espagnol El Pais .

L’Espagne apparaît comme le principal allié des États-Unis dans leur lutte en faveur des OGM en Europe. Selon l’un des câbles publiés par Wikileaks, le secrétaire d’État espagnol à l’Environnement, Josep Puxeu, a demandé à l’ambassade américaine de « maintenir la pression » sur Bruxelles pour que les OGM soient favorisés, illustration pour le moins étonnante de la solidarité censée régner au sein de l’Union européenne ! L’affaire fait actuellement un véritable scandale en Espagne.

Il faut dire que même en Espagne, l’opinion publique bascule : selon l’eurobarometre, étude menée par la Commission en février 2010, 53% des espagnols sont opposés aux aliments OGM, et 70% d’entre aux les considérant comme « anti naturels » et 59% les considérant comme un risque pour la santé. Or, comme le soulignent apparemment les industriels supporters des biotechnologies agricoles eux mêmes : « si l’Espagne tombe, le reste de l’Europe suivra ! ».

Plus que jamais, le moratoire doit s’imposer !

Le maïs transgénique MON 810, sous le coup d’une clause de sauvegarde française et dont le renouvellement de l’autorisation européenne pourrait être proposé en début d’année aux États membres, est vu comme un enjeu majeur par le gouvernement américain. S’il ne se dégage pas de majorité qualifiée entre les États européens pour l’interdire, la Commission risque de trancher et de délivrer cette autorisation au mépris de l’opinion publique et des positions défendues par une série d’États membres, comme elle l’a fait en mars 2010 pour la pomme de terre transgénique Amflora.

Alors que la Commission européenne continue de vouloir imposer de nouveaux OGM, la France doit maintenir son opposition à toute nouvelle demande d’autorisation. Elle doit réclamer des institutions européennes qu’elles écoutent la voix d’un million d’Européens réclamant un moratoire sur les OGM !

Source : Greenpeace France, le 21 décembre 2010