Du lin OGM hors la loi se répand à travers le monde.

A ce jour, 28 états incluant de nombreux pays européens ainsi que le Sri Lanka, Singapour et la Thaïlande [1] ont été contaminés par du lin génétiquement modifié interdit en Europe et provenant du Canada.

La saga commence le 8 septembre, lorsque l’Allemagne révèle à ses voisins européens avoir été contaminée par des graines de lin GM qui se sont retrouvées dans plusieurs aliments transformés comme des céréales ou du pain.

Le lin en question, la variété FP967/CDC Triffid  [2], est tolérant à un herbicide et contient trois gènes de résistance aux antibiotiques. Il a été développé par l’université de Saskatchewan, une province canadienne. Ce lin a été cultivé au Canada. Le Canada fournit près de 70% le lin utilisé en Europe [3]. On le retrouve ensuite dans bon nombre de produits transformés, comme le pain, les céréales. Le lin est utilisé comme une source d’oméga 3.

Or, ce lin OGM, le « Triffid », interdit en Europe, n’est pas non plus autorisé à la commercialisation outre-Atlantique. Cette variété de lin avait été une première fois approuvée pour la culture par l’Agence Canadienne d’ Inspection des Aliments (ACIA) mais n’avait jamais été commercialisé [4]. Les producteurs de lin avaient fait savoir leur refus de voir cultivé dans les prairies canadiennes ce lin génétiquement modifié. Par conséquent, ce lin a été approuvé au Canada seulement à des fins expérimentales et non commerciales.

La contamination génétique

Cette annonce rappelle à nouveau l’impossibilité de la coexistence OGM et non OGM [5] et va même plus loin car ce lin est interdit à la consommation au Canada depuis 2001. Pour Lucy Sharratt, du Réseau Canadien d’Action sur les Biotechnologies (RCAB) « Cette contamination est extrêmement choquante puisque aucun lin génétiquement modifié n’a été cultivé au Canada depuis 2001. D’où provient donc cette contamination ? ». [6]
Une des hypothèses qui peut être avancée est une contamination du lin biologique ou conventionnel par les essais expérimentaux. C’est d’ailleurs la position d’ Arnold Taylord, cultivateur de lin biologique et président du conseil d’administration du fond de protection de l’agriculture biologique du Saskatchewan
 [7] « C’est une contamination accidentelle majeure qui montre à quel point le développement et l’expérimentation des cultures OGM sont dangereuses pour les agriculteurs et les consommateurs ».

Reste que ce problème de contamination par des cultures OGM n’est pas nouveau puisque on répertorie plus de 200 cas de contamination dans 57 pays depuis la mise en culture des OGM en 1996 [8].
Le Canada est le premier producteur et exportateur de lin. Près de 60% de la production canadienne de lin s’en va vers le marché européen. Les conséquences risquent donc d’être dramatiques pour les liniculteurs qui s’étaient battus pour que ce genre de contamination n’arrive pas en interdisant la mise en culture à des fins commerciales de lin OGM.
« C’est un vrai cauchemar pour les liniculteurs » nous dit Terry Boehm, un cultivateur de lin et aussi vice président de l’Union nationale des Agriculteurs. Avant de continuer, « Les liniculteurs ont fait pression il y a huit ans pour éviter tout cas de contamination et protéger nos marchés d’exportations. Le lin OGM n’a jamais été voulu et n’est pas non plus nécessaire. Nous savions que cela détruiraient notre marché européen et maintenant je ne crains que ce ne soit le cas ».

La question de la responsabilité du Canada

Il existe un protocole visant à réguler les échanges internationaux d’OGM qui s’applique aux mouvements transfrontaliers, au transit, à la manipulation et à l’utilisation d’OGM en milieu confiné. Ce protocole dit protocole de Carthagène [9] est entré en vigueur en 2003 et compte 156 signataires [10]. Ce protocole pourrait prochainement être un moyen contraignant et de protection pour les pays victimes de contamination génétique. Or, le Canada, quatrième producteur mondial d’OGM n’a pas souhaité le ratifier.

Quand est-il de la responsabilité du Canada dans cette affaire de contamination génétique ? Les agriculteurs canadiens vont-ils être les seuls à payer le prix de cette contamination qu’ils ont refusé préalablement ? Le Canada peut-il impunément continuer à contaminer le monde avec ses OGM ?

Nadège Le Mabec
Combat Monsanto, 7 octobre 2009.





[1La liste des pays contaminés Allemagne, Royaume Uni, Italie, Luxembourg, Pays Bas, Suisse, Belgique, Suède, Autriche, Pologne, Hongrie, Croatie, République Tchèque, Espagne, Danemark, Estonie, Norvège, Finlande, France, Grèce, Roumanie, Portugal, Islande, République de Corée, Singapour, Thailande, Sri Lanka et l’ile Maurice http://www.cban.ca/Press/Press-Releases/GM-Flax-Contamination-from-Canada-Soars-to-28-Countries