Coton Bt au Burkina Faso : les cotonculteurs réticents

La SOFITEX s’évertue à convaincre les producteurs

Depuis le 8 mai dernier, des équipes de la Société des fibres et textiles du Burkina Faso (SOFITEX) sillonnent le pays pour des échanges avec les producteurs de coton. L’équipe conduite par l’inspecteur Saïdou Dicko s’est rendue, mercredi 13 mai 2009 à Yé, dans la province du Nayala, zone cotonnière de Koudougou.

Dans le cadre du lancement de la campagne cotonnière 2009-2010, deux équipes de la Société des fibres et textiles (SOFITEX) sont allées à la rencontre des cotonculteurs des villages de Gnanfongo et Banwaly (province du Houet) respectivement les 11 et 12 mai 2009. Dans l’ensemble, les producteurs de ces deux localités sont sceptiques quant à la culture du coton transgénique en phase de vulgarisation cette année.

Comme il est de coutume en début de campagne cotonnière, les responsables de la SOFITEX, à travers des forums, vont à la rencontre des cotonculteurs burkinabé afin de faire le point de la saison écoulée et donner des informations sur celle à venir. A Gnanfongo, village situé à une cinquantaine de kilomètres au Sud de Bobo-Dioulasso, l’équipe de la SOFITEX, dirigée par le directeur commercial de la Société, Augustin Zagré, n’a pas dérogé à la règle. Mais avant tout propos, M. Zagré, assisté du chef de la zone Bobo Sud, Yassia Sawadogo et du formateur Ben Guiré, a relevé que les présents forums se tiennent dans un contexte de crise financière mondiale qui n’épargne pas la SOFITEX et la filière coton. « Cependant, il y a une note d’espoir car nous avons le coton OGM qui, en phase de vulgarisation cette année au Burkina Faso, va permettre d’augmenter les rendements. Aussi, l’Etat s’est engagé à soutenir la filière coton pour la campagne 2009-2010 en subventionnant les intrants pour plus de 7 milliards de F CFA et en octroyant une somme de plus de 4 milliards de FCFA pour aider à solutionner les impayés de crédits internes aux groupements des producteurs », a-t-il poursuivi.

160 FCFA/Kg pour le premier choix

Convaincu que la filière coton est un secteur vital pour l’économie burkinabé, M. Zagré a pris à témoin les performances de la SOFITEX qui, à l’entendre, a pu réunir 3 529 000 millions de tonnes de coton graine entre les années 2000 et 2008. Une quantité de production qui, a-t-il souligné, a généré un chiffre d’affaires de 1027 milliards FCFA.

Les producteurs de coton du département de Yé, province du Nayala, à l’instar de ceux d’autres localités se sont estimés lésés, la campagne écoulée (2008-2009). Leur produit (le coton) a été payé avec un retard inhabituel. Même si cette situation est quasi générale (crise internationale oblige), le cas de Yé a été accentué par le fait que l’usine de Léo qui devait être fonctionnelle et recevoir la production cotonnière de la zone, ne l’a pas été à temps. C’est finalement, à l’usine de Koudougou que la production a été acheminée avec un retard remarquable. Conséquence, les producteurs ne sont pas contents. Ils l’ont fait savoir au cours des débats avec l’équipe de la Société des fibres et textiles (SOFITEX) venue échanger avec eux, le mercredi 13 mai 2009. La rencontre s’est inscrite dans le cadre des forums organisés par la SOFITEX dans ses zones d’intervention. L’objectif étant de faire le bilan de la campagne écoulée et d’envisager la prochaine campagne.

En terme de bilan, il ressort que la production cotonnière dans la zone de Yé a connu une baisse cette année : 2400 tonnes contre 3000 tonnes en 2007-2008. Cette baisse de production s’expliquerait par, entre autres, une fin précoce des pluies et le retrait de certains producteurs de la culture du coton. Le chef de la zone cotonnière, Serge Da Sié, a relevé que la production générale de la région est de 40 000 tonnes cette année. La production nationale, elle, a été de 380 000 tonnes contre 500 000 tonnes de prévision. C’est dire que les objectifs de la SOFITEX n’ont pas été atteints. D’où la nécessité pour la société, de galvaniser davantage les producteurs à mieux faire durant la campagne à venir. Pour ce faire, l’équipe de la SOFITEX conduite à Yé par l’inspecteur Saïdou Dicko, se devait de convaincre les paysans. La tâche a été d’autant plus pénible que le prix d’achat du kg de coton pour la campagne 2009/2010 connaît une baisse : de 165 F CFA à 160 F CFA pour le 1er choix et de 145 F CFA à 135 F CFA pour le second choix. Pendant ce temps, le prix des intrants n’a pas connu de modification par rapport à la campagne écoulée. Monsieur Dicko et ses collaborateurs se sont attelés à expliquer aux “cotonculteurs” de Yé et partout où ils sont passés, les raisons de la chute du prix du coton. Ils leur ont dit que ce déclin du prix est loin d’être une volonté de la SOFITEX, mais plutôt dû à des facteurs exogènes. C’est pourquoi la délégation de la SOFITEX demande aux producteurs d’être compréhensifs et surtout de ne pas se décourager. A entendre Saïdou Dicko et son équipe, le gouvernement et la SOFITEX auraient pris des dispositions pour aider les producteurs pour la toute prochaine campagne. Ainsi, pour la campagne 2009/2010, l’Etat octroie une subvention des intrants à hauteur de sept milliards de francs CFA. De même, une aide de 4,35 milliards de francs CFA est accordée aux Groupements des producteurs de coton (GPC) pour l’apurement des impayés internes entre GPC.

Une étude réalisée par l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB) montre qu’à la date du 30 novembre 2008, les impayés internes des producteurs de coton sont estimés à 4,335 milliards de francs CFA.

Réticence pour les semences OGM

De l’avis des acteurs de la filière, l’existence de ces impayés internes serait à la base de la baisse de la production cotonnière. En effet, cela a occasionné la désaffection de nombreux producteurs, découragés. L’autre alternative adoptée par la SOFITEX pour développer la filière coton au Burkina Faso est l’adoption, surtout la vulgarisation du coton transgénique. Pour la campagne 2009/2010, 118 000 hectares (contre 8 000 ha en 2008/2009) de coton génétiquement modifié sont envisagés.

Les paysans devront débourser la somme de 27 000 francs CFA par hectare pour acquérir les semences du coton OGM (26 000F CFA pour un sac de 30kg de semences) . Un coût que les producteurs de Yé jugent exhorbitant. Lorsque la parole leur a été donnée pour s’exprimer, l’essentiel de leurs préoccupations a porté sur ce sujet. “Pourquoi fixer aussi haut les prix de la semence OGM alors que l’on estime que c’est une variété qui vient soulager les paysans ? “Les semences OGM, lorsqu’on les sème, ne meurent-elles pas ?” “Est-ce que la production du coton OGM sera achetée à un prix nettement supérieur à celui du coton conventionnel ?” Telles ont été, entre autres, les questions des producteurs de coton de Yé.

De l’avis du président provincial des producteurs de coton du Nayala, Célestin Gala, le prix des semences du coton OGM peut être un facteur décourageant. Toutefois, il a exhorté les producteurs à s’aventurer dans la culture du coton transgénique qui, selon lui, présente de nombreux avantages. Lui-même en a fait l’expérience. Les techniciens de la SOFITEX n’en diront pas le contraire. Selon le chef de mission, Saïdou Dicko, ensuite le chef de zone, Serge Sié Da, en adoptant le coton OGM, les producteurs pourront augmenter considérablement leurs rendements. En outre, le nombre de traitement diminue avec le coton transgénique, passant de six à quatre traitements. “Tous ces privilèges feront que vous ne verrez pas trop l’effet du prix de la semence puisque vous allez vous rattraper après la vente”, ont précisé, les porte-parole de la SOFITEX. Selon leurs explications, le prix des semences du coton OGM dépend de la firme américaine Monsanto détentrice du brevet. La délégation de la société cotonnière a, par ailleurs, rappelé que l’objectif de la SOFITEX cette année, est d’atteindre au moins 475 000 tonnes. A défaut, la société fonctionnerait à perte.

C’est à juste titre que la galvanisation des producteurs s’avère nécessaire. La campagne nationale de sensibilisation s’étend du 8 au 26 mai 2009. Dans la zone cotonnière de Koudougou, l’équipe dirigée par Saïdou Dicko a déjà sillonné les départements de Fara, Zawara, Kyon et de Yé. La randonnée continue et prend fin dans la zone le 22 mai 2009 par le département de Gao.

Source : Siwaya du 14/05

NLDR : IL est intéressant de mettre cet article en parallèle avec la Dépèche AFP de ce jour sur le coton Bt au Burkina, car la AFP nous indique que "Pour que le coton transgénique soit attractif, les sociétés cotonnières ont prévu de céder le sac de semences de 30 kg à 26.000 FCFA (39,6 euros), soit 100 francs (0,15 euro) de moins que le coton conventionnel." Il est suspect que le coton de Monsanto soit vendu moins cher que le conventionnel, ce n’est le cas dans aucun pays, et lorsque Monsanto avait laché son Bollgart II en Inde, le prix des semences avait été doublé...

Quant aux organisations non gouvernementales (ONG) Burkinabèse, elles contestent vivement ces arguments.Elles estiment que le coton Bt a échoué à apporter des avantages aux petits agriculteurs dans le monde et que sa culture est dangereuse à long terme pour l’environnement.

"Aucune expertise indépendante ne nous a montré l’inocuité de cette technologie ni de cette variété", dit l’écologiste Yacouba Touré, membre du Réseau des acteurs verts de l’Afrique de l’Ouest.

Le généticien Jean Didier Zongo, au nom de la Coalition de veille face aux OGM, rejette par ailleurs l’argument d’une importante hausse des rendements, "obtenus en stations, mais qui donneront autre chose chez les paysans".